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Chroniques d'un Voyage Alchimique II

  • Photo du rédacteur: Admin
    Admin
  • 25 nov. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 déc. 2025

Le Laboratoire et ses Fantômes : Une Autre Vision d'Auroville et de l'Ashram



Il est des lieux dont le nom seul suffit à évoquer des promesses. Auroville en fait partie. Avant même d’y poser le pied, sa réputation la précède, elle vient à notre rencontre. Dès notre arrivée, je l’ai sentie, cette vibration si particulière. Il règne ici un calme, une densité, comme si l'air lui-même portait encore l'empreinte de l'intention initiale des fondateurs. On sent que ce lieu a été conçu pour autre chose que la vie ordinaire.


Pourtant, au-delà de cette première impression, une dissonance s’est immiscée presque aussitôt. Un sentiment fugace mais tenace, comme lorsqu’on entre dans une cathédrale magnifiquement bâtie, mais vide de toute ferveur. L’architecture était là, l’intention originelle aussi, mais il manquait l’essentiel. Il manquait une âme. La structure semblait fonctionner à vide, comme un instrument splendide que plus personne ne viendrait accorder ni jouer.


Cette impression s'est confirmée et précisée le lendemain, au fil des rencontres. Il y a eu des exceptions, bien sûr, comme cette lumière croisée en la personne de Kripa, qui gère le gîte Shranga. En sa présence, le contact était direct, authentique. On sentait chez elle une flamme qui brûlait encore, une connexion réelle au travail spirituel, une incarnation de ce que ce lieu devrait être. Mais elle était précisément cela : une exception.


Le sentiment général qui s’est rapidement imposé à moi était celui d’une immense paresse spirituelle. Une sorte de contentement béat, une illusion collective où la simple présence physique à Auroville semblait suffire. Beaucoup de résidents et de visiteurs paraissaient s’être convaincus qu’il suffisait d’être là, d’aller méditer au Matrimandir, de baigner passivement dans les énergies pour que le travail sur soi s’opère comme par magie.


Il y a là une confusion entre le cadre et le travail personnel. Un laboratoire n’a de sens que si l’on y travaille, si l’on y expérimente, si l’on accepte de se confronter à soi-même. Ici, j’ai perçu un lieu où beaucoup étaient venus pour fuir le monde extérieur, mais sans avoir le courage d’affronter véritablement leur monde intérieur. Ils avaient trouvé un refuge confortable pour leur ego spirituel, un endroit où l’on pouvait dire que l’on faisait un travail, sans jamais vraiment le faire. C'est le piège de l'idéal : croire qu'on l'a atteint simplement parce qu'on habite au bon endroit.



Ce même sentiment, cette même atmosphère de potentiel endormi, je l’ai retrouvé à l’ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. Là aussi, la force originelle, l'empreinte laissée par Mère et Sri Aurobindo, est indéniable. Elle imprègne les murs, elle vibre autour du Samadhi. Mais les êtres qui sont censés en être les gardiens et les continuateurs semblaient, pour la plupart, avoir oublié l’essence de cet héritage. Le contraste était saisissant. Comment un lieu porteur d’une telle promesse de libération et de conscience pouvait-il être administré par une rigidité si sclérosante ?


Nous nous sommes heurtés à ce que je ne peux qu’appeler une force d’opposition. Les gardiens du temple, au lieu d’incarner l’accueil et la bienveillance, se montraient hyper agressifs, procéduriers jusqu’à l’absurde. On se serait cru en prison, soumis à une bureaucratie tatillonne qui n'avait qu'un seul but : contrôler, limiter, entraver. Toute spontanéité, toute liberté d’être et de ressentir était méthodiquement étouffée par un système lourd et opaque.


Heureusement, quelques rencontres humaines viennent éclairer ce tableau, comme ce vieux monsieur tenant une librairie, avec qui une compréhension mutuelle et silencieuse s'est immédiatement établie, prouvant que l'esprit du lieu survit chez certains individus.


En observant cela, les mots de Mère dans son Agenda me sont revenus avec une clarté fulgurante. Elle y décrivait cette force contraire, cette puissance de l'inertie et de l'inconscience qui s’oppose systématiquement à la descente de la Lumière. Cette force cherche toujours à figer, à codifier, à transformer le vivant en dogme mort. Et c’est exactement ce que je percevais à l'œuvre. Une force d'opposition très puissante qui, sous couvert de préserver le patrimoine, en bloquait l'accès spirituel.


Et le plus troublant, c'est que beaucoup de gens semblaient trouver leur compte dans ce système. Car la contrainte rassure. Elle donne un cadre, des règles, une illusion de structure qui dispense de la véritable discipline intérieure. Il est plus facile de suivre une file d'attente et de remplir un formulaire que de s'asseoir seul face à ses propres démons. En acceptant cette lourdeur, beaucoup s'achetaient une bonne conscience. Ils pouvaient dire : "Je suis à l'Ashram", "Je suis un disciple", sans jamais avoir à faire le travail exigeant que cela implique. L'opposition extérieure devenait le parfait alibi pour ne pas affronter l'opposition intérieure.


Cette perception a confirmé mon intuition de départ. Je pressentais que le lieu ne serait pas aussi dynamique qu'on le prétend. L'ambiance générale d'Auroville et de l'Ashram m'a paru stagnante, comme une eau qui ne circule plus assez. Il était clair que notre passage ne devait pas être une simple visite touristique, mais une démarche active. Nous nous sommes attachés à rester alignés, à ne pas nous laisser gagner par cette inertie ambiante, et à poser une intention claire de respect et de conscience à chaque étape.


Cette expérience souligne une vérité essentielle : ces lieux chargés d'histoire ne sont pas magiques par eux-mêmes. Leur vitalité dépend entièrement de la conscience de ceux qui les habitent et les animent aujourd'hui. Ce climat interne de stagnation n'est d'ailleurs peut-être que le miroir des menaces extérieures. Les pressions politiques et administratives qui pèsent sur Auroville ne sont pas un hasard. Un lieu qui perd sa cohérence interne devient vulnérable aux appétits du monde extérieur.


L'inertie bureaucratique à l'intérieur et la pression politique à l'extérieur sont les deux faces d'une même pièce. Venir ici n'était donc pas seulement un voyage personnel ; c'était une manière de témoigner, à notre échelle, de l'importance de ce projet.


Pour que ce "laboratoire" ne devienne pas un musée, et pour que l'idéal des fondateurs continue d'inspirer ceux qui ont le courage non seulement d'y venir, mais d'y travailler vraiment sur eux-mêmes.



A suivre...


AVERTISSEMENT: L'ensemble des prestations proposées ne constitue en aucun cas des soins médicaux et ne peut se substituer à un traitement médical prescrit par un professionnel de santé.

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