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La Sincérité en Psychanalyse : comment Sortir de la Posture de Victime et Assumer sa Vie

il y a 4 jours
7 min de lecture

De la Complainte à l'Assumation: La Sincérité comme Éthique en Psychanalyse


La psychanalyse ne prend pas la sincérité pour une évidence : elle la voit plutôt comme une résistance à la cure.


De quoi parle-t-on lorsqu’on se prétend sincère ? Du Moi. Or, le Moi,comme l’enseigne Freud est une fiction défensive, un agrégat d’identifications imaginaires dont la fonction essentielle est de masquer ce qui s’agite en dessous. Le névrosé qui se lamente sur sa vie, qui jure qu’il veut guérir et être débarrassé de son angoisse, est consciemment sincère.


Pourtant, la cure révèle qu'il fait tout pour échouer. Il trouve dans le maintien de son symptôme un bénéfice paradoxal.


On peut donc dire qu’il y a une imposture de la sincérité quand elle se dit être bonne foi. Cette fausse sincérité constitue une résistance dans le transfert. Pour qu’elle devienne opérante, il faut qu’elle passe du statut de sentiment moral à celui d’assumation subjective. Être sincère, pendant la cure, ne consiste pas à tout déballer avec émotion, mais à reconnaître sa part de responsabilité dans les malheurs dont on se prétend la victime.


Freud et l’épreuve de la règle fondamentale : l'illusion de la bonne foi


Lorsque Sigmund Freud formule la règle de la libre association, c’est-à-dire inviter l’analysant à tout dire, sans trier, sans omettre l'odieux ou le honteux, il semble poser un pacte de sincérité intégrale. Il s’est rapidement rendu compte que cette consigne était impossible à tenir pour l’analysant qui hésite, oublie, intellectualise, rationalise, bref, qui se censure.


La personne entre en analyse arrive avec un récit, son roman familial, dans lequel des rôles bien précis sont attribués aux acteurs de sa vie : il y a les persécuteurs et le sujet, victime innocente martyrisée par les autres. Ici, l’analysant ne ment pas délibérément; il est sincère au sens psychologique du terme, mais cette sincérité sert en fait de rempart contre la vérité de la pulsion.


C'est là tout le sens de la formule freudienne : « Wo Es war, soll Ich werden » : là où était le Ça, le Je doit advenir. Le travail analytique consiste à faire sortir le patient de la passivité du symptôme subi. La sincérité commence quand il prend conscience que son symptôme ne lui tombe pas dessus, mais que c’est une production dans laquelle son propre désir est engagé.


Jacques Lacan et la « Belle Âme » : la liquidation de la posture victimaire


Jacques Lacan emprunte à la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel la figure de la Belle Âme qui déplore le désordre du monde, la méchanceté d'autrui, les défaillances des parents, sans jamais s'apercevoir qu'elle participe elle-même à maintenir ce désordre dont elle se plaint. Lacan renvoie le sujet à sa contradiction: «Regarde ta part dans le désordre dont tu te plains.»


La posture de victime est un refus de la castration. Se poser en victime permet d'imputer le manque et la faute à l'Autre tout en préservant son propre narcissisme : l'Autre est mauvais, donc moi je suis pur. C’est ici que s’articule la distinction lacanienne entre parole vide et parole pleine. La parole vide est celle qui gémit, qui justifie sans fin, sans libérer quoi que ce soit. La parole pleine, à l'inverse, est celle qui engage le sujet dans un dire qui a des conséquences immédiates. Elle surgit lorsque l'analysant cesse de projeter la faute à l’extérieur de lui-même.


À partir de là, la sincérité cesse d'être une jérémiade pour devenir une déchirure éthique. Dans son séminaire sur L'Éthique de la psychanalyse, Lacan pose cette question confrontante: «Avez-vous agi conformément au désir qui vous habite ? » Y répondre exige de sortir de la victimisation. Il ne s'agit plus de savoir ce que les autres nous ont fait, mais de répondre de ce que nous faisons de ce qu'ils nous ont fait.


De Ferenczi à Winnicott : sortir du Faux-Self et briser l’emprise


L’exigence de vérité ne peut pas être comprise sans aborder l’hypocrisie humaine.


Ferenczi, dans « la Confusion de langue entre les adultes et l'enfant », a montré comment l'enfant, confronté à la violence, aux exigences ou à la folie de l'adulte, est contraint d'adopter ses manières de penser pour survivre. L’enfant se suradapte par la soumission et devient prématurément sage, protecteur de ses parents, s'interdisant tout mouvement de révolte.


Winnicott complète ce travail avec le concept de Faux-Self. Lorsque le milieu maternel n'a pas été suffisamment bon, a été intrusif, fragile ou tyrannique, l'enfant ne peut pas se permettre d'exprimer son mécontentement. Il s’adapte, il s’aliène au désir de l’Autre: il devient ce que l'Autre attend qu'il soit. C’est une mort psychique pour l’enfant qui se retrouve sous l’emprise perpétuelle de cette relation toxique.


Dans cette perspective, la conquête de la sincérité, c'est l'effondrement du Faux-Self au profit du Vrai-Self, et cet effondrement passe par des affects douloureux : l'aveu de sa propre hostilité , le refus de continuer à protéger ses parents , ou encore l'assumation de la haine, que Winnicott qualifiait d'ingrédient indispensable à la relation d'objet authentique.


Être sincère, c’est enfin s’autoriser à décevoir, à déplaire, à ne plus être le garant de l'équilibre psychique de son entourage. C’est briser le pacte inconscient qui le condamnait à être l'instrument de l’Autre.


Melanie Klein et Carl Gustav Jung : l'épreuve de l'ambivalence et de l'Ombre


Dépasser le clivage : reconnaître le bon et le mauvais objet en soi


Chez Melanie Klein, la sincérité psychique porte le nom d’accès à la position dépressive.

Le nourrisson, et plus tard l’analysant, clive le monde pour échapper à sa propre angoisse d'anéantissement. D'un côté se trouve le « Bon Sein », idéalisé, source de tout bien-être ; de l'autre le «Mauvais Sein », chargé de toute la haine, ressenti comme un agresseur menaçant.


Ce mécanisme est le moteur de toutes les paranoïas ordinaires : le sujet se vit comme un être pur agressé par un extérieur malveillant. Cette complainte masque d’ailleurs très souvent une culpabilité inconsciente.


Accéder à la position dépressive, c'est découvrir que l'objet aimé et l'objet haï ne font qu'un. La mère qui nourrit est aussi celle qui frustre. Tant que l'analysant fonctionne sur le mode : «Mon ex-conjoint est un monstre absolu et moi je ne suis qu'amour et sacrifice », il reste dans le mensonge paranoïde. La sincérité advient au moment où le sujet reconnaît qu’il a haï ce qu’il a aimé.


La sincérité est donc aussi l’acceptation de l'angoisse de sa propre ambivalence sans chercher un coupable à l’extérieur.


L’intégration de l'Ombre selon Jung : cesser de projeter sur l'autre


On retrouve la même exigence chez Carl Gustav Jung avec le concept de l’Ombre. Pour Jung, la conscience morale ordinaire est un masque social, la Persona. Tout ce que l'individu refuse de voir en lui-même est refoulé dans l'Ombre et revient de l'extérieur sous différentes formes :« L’homme qui ne traverse pas l'enfer de ses passions ne les a jamais vaincues. Elles logent dans la maison voisine et à tout moment une étincelle peut y mettre le feu. »


La sincérité jungienne exige de regarder le monstre en face et d'admettre que ce monstre n'est pas seulement chez l'autre, mais que ses racines plongent dans notre propre inconscient. C'est l'antithèse absolue de la posture de victime. Celui qui a intégré son Ombre ne cherche plus de bouc émissaire pour justifier ses propres tourments.


Arthur Janov et la douleur primale: l’arrachement au « Soi irréel » par l'épreuve du corps


Si Winnicott a décortiqué la genèse du Faux-Self, Arthur Janov, en créant la thérapie primale dans les années 1970, est allé beaucoup plus loin. Pour Janov, la psychanalyse classique court le risque de se perdre dans l’intellectualisation où le patient et le thérapeute s'entendent pour discourir sur la névrose sans jamais faire vaciller le système défensif qui la soutient.


Le sujet peut passer des années à disséquer mentalement son roman sans jamais rien guérir, car le mental demeure l'instrument du refoulement.


Janov affirme que l'origine de toute névrose réside dans l'accumulation d'une Douleur Primale, née de l’insatisfaction des besoins fondamentaux de l'enfant. L'enfant a besoin d'être aimé, nourri, contenu et accepté pour ce qu'il est, dans sa vérité brute. Or, lorsque le parent est instable, castrateur, violent ou narcissiquement défaillant, l'enfant comprend inconsciemment que son être authentique est un danger.


Pour survivre psychiquement, l'enfant se scinde et crée ce que Janov appelle le « Soi irréel ». Il refoule ses véritables émotions et s'efforce de devenir ce que le parent attend de lui.


Pour Janov, la sincérité est un acte viscéral, physiologique et corporel. Le névrosé est un menteur somatique : il maintient une tension permanente pour empêcher la Douleur Primale de remonter à la surface. La véritable sincérité, le véritable travail sur soi, commencent lorsque le sujet consent à s'effondrer dans la souffrance, sans le secours du langage abstrait. Alors le corps peut enfin décharger la terreur, la rage et le désespoir refoulés depuis la prime enfance, et entrevoir une guérison émotionnelle.


L’approche janovienne rejoint la question du refus de la victimisation. Janov montre que le névrosé passe sa vie d'adulte à courir après des substituts parentaux dont il exige qu'ils lui donnent enfin l'amour inconditionnel et la réparation que ses géniteurs lui ont refusés.


Or, la guérison primale exige le deuil définitif des parents idéaux, ce qui constitue la définition de la sincérité achevée. Être sincère, au sens de Janov, c'est assumer que ce qui n'a pas été reçu dans l'enfance ne le sera jamais, et qu'aucun partenaire, aucune victoire judiciaire, aucune vengeance ne viendront combler ce trou d'origine.


C'est le moment où l'adulte cesse de mendier ou d'accuser, et purge le poison par les larmes et le cri de son propre corps, et découvre qu'en cessant d'attendre la réparation de l'extérieur, il devient enfin l'unique acteur de sa vie.


La Sincérité comme assumation subjective et liberté d’exister


Au terme de cette exploration de la pensée analytique, il apparaît clairement que la sincérité analytique ne peut se réduire à l'aveu ou à la confession.Elle est assumation.


Assumer, c'est prendre sur soi ce qui était subi jusqu'alors. C'est l'instant où l'analysant découvre que la liberté n'est pas l'absence de contraintes, mais la fin des excuses.


Sortir de la position de victime n'est pas une injonction d'aller bien ou de pardonner; c'est cesser de donner à l’autre le pouvoir sur sa vie pour en devenir l’auteur et l’acteur.




AVERTISSEMENT: L'ensemble des ACTIVITÉS proposées ne constitue en aucun cas des soins médicaux, PSYCHOLOGIQUES OU PSYCHIATRIQUES, et ne peut se substituer à un traitement médical prescrit par un professionnel de santé.

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