Le Pouvoir Caché de la Sincérité : Êtes-vous vraiment celui que vous croyez être ?
- Admin
- il y a 15 heures
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Aujourd’hui, on parle beaucoup d'authenticité, d'alignement ou de développement
personnel. Pourtant, tous ces concepts reposent sur une vertu fondamentale,
souvent mal comprise : la sincérité.
Ce terme fait tout de suite penser à l'honnêteté, au fait de ne pas mentir à son
voisin ou à son conjoint. Mais si l'on creuse un peu, et si l'on se réfère aux
enseignements de Sri Aurobindo et de La Mère, la sincérité est en fait une force
bien plus radicale et transformatrice qu'une simple règle sociale.
Alors, qu'est-ce que la vraie sincérité ? La réponse diffère grandement selon
que vous êtes un citoyen du monde "lambda", un chercheur spirituel, ou un
pratiquant du Yoga Intégral.
La sincérité pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde : L'art de l'honnêteté relationnelle
Pour la plupart d'entre nous, être sincère signifie simplement dire ce que l'on
pense et faire ce que l'on dit, c’est-à-dire être franc et honnête, pour ne pas
tomber dans l'hypocrisie.
Au quotidien, c'est ce qui crée la confiance dans nos relations amoureuses,
amicales et professionnelles. La croyance sociale considère qu’une personne
sincère ne joue pas de rôle, et qu’elle n'essaie pas de vous manipuler.
Cependant, la sincérité est souvent confondue avec la franchise brutale qui
assène tout ce qui nous passe par la tête. La sincérité du quotidien ne consiste
pas à blesser l'autre sous couvert de vérité. Elle est intimement liée au cœur
et à l'honnêteté des intentions. Si l'on dit quelque chose, même de difficile,
c'est parce que l’intention envers l’autre est claire, bienveillante et sans
arrière-pensée.
La sincérité pour le chercheur spirituel : Tomber le masque face à soi-même
« Simple sincérité : le début de tout progrès. » — La Mère (Paroles II, p. 91)
Quand on commence à s'intéresser à la spiritualité, au bien-être intérieur ou à
la méditation, la définition de la sincérité change. Il ne s'agit plus seulement
de ne pas mentir aux autres, il s'agit d'arrêter de se mentir à soi-même, ce qui
est beaucoup plus difficile.
Sur le cheminement spirituel, la sincérité devient un face-à-face avec ses
propres ombres, la capacité de se regarder dans le miroir et de reconnaître ses
peurs, son ego, ses jalousies ou ses fuites.
Être sincère, c’est se demander si nous ne faisons pas de "bonnes actions" par
ego, ou en attendant secrètement quelque chose en retour. Combien de fois
disons-nous "j'ai lâché prise" alors qu'en réalité nous bouillonnons de
frustration ?
Pour la personne en chemin, la sincérité, c'est admettre qu'on n'est pas
parfait, et c'est oser le vivre. C'est précisément cette acceptation honnête qui
permet de se libérer et de trouver une véritable paix intérieure.
La sincérité dans le Yoga Intégral : L'alignement absolu de l'être
Si l'on explore les écrits de Sri Aurobindo et de La Mère, la sincérité prend
encore une autre dimension. Ce n'est pas un simple trait de caractère, mais le
prérequis obligatoire pour entrer sur ce chemin. Sri Aurobindo l'a résumé avec
une clarté implacable :
« La première nécessité est la sincérité. Si elle fait défaut, on ne peut même
pas commencer. » — Sri Aurobindo
« La vraie sincérité, c’est d’avancer sur le chemin parce que vous ne pouvez pas
faire autrement, de vous consacrer à la vie divine parce que vous ne pouvez pas
faire autrement, c’est d’essayer de transformer votre être et de surgir dans la
Lumière parce que vous ne pouvez pas faire autrement, parce que c’est la raison
d’être de votre vie. » — La Mère
Le Yoga Intégral nous apprend que nous ne sommes pas un "moi" unique, mais un
être composé de multiples facettes qui cohabitent plus ou moins bien ensemble :
- Notre mental (qui veut des idéaux, qui réfléchit),
- Notre vital (nos émotions, nos désirs, nos passions, notre besoin d'être
reconnu),
- Notre physique (notre corps, nos habitudes, notre paresse parfois).
Ces différentes parties de l’être ne veulent pas la même chose : le mental veut
méditer, le vital veut regarder une série, le corps veut dormir.
« Par sincérité parfaite, nous voulons dire que dans toutes nos pensées, tous
nos sentiments, toutes nos sensations et toutes nos actions nous n’exprimons
rien que la vérité centrale de notre être. » — La Mère (Entretiens, p. 29)
Pour Sri Aurobindo et La Mère, la sincérité parfaite, c'est l'unification de
toutes ces parties autour d'un seul centre : notre âme (l'Être Psychique). Il
n’y a alors plus aucune partie de l'être qui tire la couverture à soi. C'est un
engagement total au service de la Vérité intérieure.
« La sincérité implique plus que la simple honnêteté. Cela veut dire que vous
pensez ce que vous dites, que vous sentez ce que vous professez, que vous êtes
sérieux dans votre volonté. Le sâdhak aspirant à être un instrument du Divin, à
être un avec le Divin, la sincérité en lui signifie qu’il est vraiment conscient
dans son aspiration et refuse toute volonté ou tout élan qui ne vient pas du
Divin. » — Sri Aurobindo
L'exigence intransigeante du Supramental
Si une partie de vous aspire à la lumière, mais qu'une autre partie de vous se
maintient consciemment ou non dans le drame et la complainte, il n'y a pas de
sincérité intégrale.
Sri Aurobindo est sans concession sur ce point :
« Le don de soi doit être total et s'étendre à toutes les parties de l’être. Il
n'est pas suffisant que le psychique réponde, que le mental supérieur accepte,
ni même que le vital inférieur se soumette et que la conscience physique
intérieure sente l'influence. Il ne doit rien y avoir, dans aucune partie de
l'être, même la plus extérieure, qui se réserve ou qui se cache derrière des
doutes, des confusions, des subterfuges, rien qui se révolte ou se refuse.
Si une partie de l'être se soumet, mais qu'une autre partie se réserve et suit
son propre chemin ou pose ses propres conditions, chaque fois que cela arrive
vous repoussez vous-même la Grâce divine.
Si derrière votre dévotion et votre soumission, vous abritez vos désirs, vos
exigences égoïstes et vos insistances vitales, si vous mettez ces choses à la
place de l'aspiration vraie ou les mêlez à elle, et que vous vouliez les imposer
au Divin, c'est en vain que vous invoquez la Grâce divine pour vous transformer.
Si vous vous ouvrez d'un côté ou dans une partie de votre être à la Vérité, et
que d'un autre côté vous ouvrez constamment les portes aux forces hostiles, il
est futile d'espérer que la Grâce demeurera avec vous. Vous devez garder le
temple propre si vous désirez y établir la présence vivante.
Si vous appelez la Vérité, et qu'en même temps quelque chose en vous choisit ce
qui est faux, ignorant et non divin, ou même simplement ne soit pas disposé à
rejeter cela totalement, vous serez toujours exposés aux attaques, et la Grâce
se retirera de vous. Découvrez d'abord ce qui est faux et obscur en vous-mêmes,
et rejetez-le avec persistance. Alors seulement vous aurez le droit de faire
appel au Pouvoir divin afin qu'il vous transforme.
N'imaginez pas que la vérité et le mensonge, la lumière et l'ombre, la
soumission et l'égoïsme puissent être admis à demeurer ensemble dans la maison
consacrée au Divin. La transformation doit être intégrale, et intégral aussi le
rejet de tout ce qui s'y oppose. » — Sri Aurobindo (La Mère)
Être sincère, c'est donc traquer la moindre complaisance, le moindre compromis
avec l'ignorance, et tout offrir, sans rien retenir, à la conscience supérieure.
C'est enfin un état de transparence, de neutralité absolue.
« Pour être parfaitement sincère, il est indispensable de n’avoir aucune
préférence, aucun désir, aucune attraction, aucun dégoût, aucune sympathie ni
antipathie, aucun attachement, aucune répulsion. Il faut être dans une vision
totale, intégrale des choses, où tout est à sa place et où l’on a une attitude
similaire vis-à-vis de toutes choses : l’attitude de la vision vraie. » — La
Mère (19.12.1956)
« Être sincère, c’est élever tous les mouvements de l’être au niveau de la
conscience la plus haute et de la plus haute réalisation que l’on ait atteinte.
» — La Mère (Paroles II, p. 90)
L'arme de protection massive
Que l'on cherche simplement à améliorer ses relations, à se libérer de ses
fardeaux émotionnels, ou à toucher au Divin en soi comme le proposent Sri
Aurobindo et La Mère, le point de départ reste le même. La sincérité n'est pas
une destination lointaine, c'est le premier pas. Et c'est un travail d'orfèvre.
Mais face aux épreuves de la vie, aux maladies ou aux adversités, cette exigence
devient notre plus grand bouclier. Quand on ne cache plus rien, l'ombre n'a plus
aucune prise sur nous.
« La Sincérité est notre protection. Si nous sommes parfaitement sincères, nous
sommes complètement à l’abri. [...] la Sincérité est une transparence parfaite,
qui laisse passer la Force divine sans aucune déformation. » — La Mère
(Agenda, 15 juillet 1964)
Et vous, êtes-vous prêt à être totalement sincère avec vous-même aujourd'hui ?
Car comme le rappelait Sri Aurobindo :
« Un cœur sincère vaut tous les pouvoirs extraordinaires du monde. »




