top of page

Chroniques d'un Voyage Alchimique III

Dernière mise à jour : 21 déc. 2025

De Chidambaram à Madurai




L'Éther


Le voyage se poursuit vers Chidambaram, où se trouve un des cinq temples de Shiva dédiés aux éléments — celui-ci dédié à l'Éther. Construit au VIe siècle, ce lieu captive l'esprit par sa complexité et son histoire, notamment par son alignement sur le 79ᵉ méridien Est avec d'autres lieux sacrés tous dédiés à Shiva, formant une ligne imaginaire de plus de 2000 kilomètres de long surnommée « ShivaShakti Aksh Rekh. Une prouesse d'ingénierie dont le "pourquoi" et le "comment" demeurent encore un un sujet de fascination pour les chercheurs.



L'atmosphère du temple est dense, chargée de siècles de dévotion. En parcourant les déambulatoires de pierre, une émotion intense peut surgir sans prévenir. C'est ce sentiment étrange et profond d'être "chez soi", une familiarité inexplicable qui finit par faire monter les larmes aux yeux. C'est la force de ces lieux : ils brisent l'armure du quotidien pour toucher la sensibilité à vif.


Comme en écho à ce tumulte intérieur, le ciel déverse soudain des trombes d'eau, une mousson impromptue forçant un repli salvateur sous les colonnades. À la nuit tombée, la pluie cessant, la promenade reprend, plus silencieuse. Elle s’achève par une rencontre inattendue et féerique : un éléphant majestueux, entièrement noir, traverse les allées du temple d'un pas lent et rythmé. Un instant de grâce pure, hors du temps.



Le matin suivant, au milieu de la foule en adoration devant Nataraja, une femme médite, immobile, les yeux frémissant sous ses paupières, signe d'un travail intérieur profond. Un trio de musiciens, avec le son envoûtant du tavil et du nadaswaram, accompagne les chants sacrés, créant une atmosphère d'une rare intensité. C'est dans ces moments, au cœur de la ferveur indienne, que le pèlerinage prend tout son sens.


Tanjavur : Le Temple de Brihadeshwaram


La prochaine étape mène au temple de Brihadeshwaram, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, un chef-d'œuvre architectural d'une envergure stupéfiante. Son Vimana, (tout centrale) culminant à 66 mètres, est coiffé d'une boule de granite de 80 tonnes (!), dont la mise en place demeure une énigme technique qui force l'humilité.



Les murs cyclopéens qui l'entourent soulèvent les mêmes interrogations sur les techniques employées par ses bâtisseurs Chola. Ici, comme dans de nombreux lieux sacrés à travers le monde, la prouesse architecturale et la profondeur spirituelle se rejoignent, témoignant d'une science ancienne, souvent occultée, mise au service de l'élévation humaine.


Pourtant, malgré sa splendeur, il perd peu à peu sa fonction première, risquant de devenir une simple attraction touristique au détriment de son utilité spirituelle. L’observateur attentif remarque que les brahmans, souvent guère plus « avancés » spirituellement que leurs dévots, ressemblent davantage à des bourgeois aujourd’hui.


On ne peut s'empêcher de penser aux marchands du temple dont parlait jésus! Ils semblent plus préoccupés par le matériel que par l’essence qu’ils devraient incarner. Cette observation souligne une réalité universelle : la beauté d'un lieu ne suffit pas, elle dépend aussi de la conscience et de l'intégrité de ceux qui le font vivre au quotidien.


Malgré cela, Brihadeshwaram reste un lieu puissant pour qui sait s'y rendre disponible. Se poser ici, prendre le temps du silence face à la divinité, peut provoquer des réactions physiques intenses, comme si le corps relâchait brutalement ses tensions. Certains ressentent une chaleur, d'autres une fatigue soudaine. L'essentiel est d'accepter de lâcher prise, d'écouter son ressenti sans chercher à analyser, car c'est dans cette ouverture simple que l'apaisement survient.



Madurai : Le Temple de Meenakshi


Le chemin vers Madurai est un nouveau chapitre de découvertes. Assis dans le bus, les paysages défilent, émaillés de statues d'Hanuman, de femmes à scooter dont les cheveux sont ornés de gajra et de vaches imperturbables au bord de la route. La route, chaotique, oblige parfois le bus à traverser brutalement sur la voie opposée pour contourner des travaux — omniprésents en Inde. Dans les villes, des petits dos d’âne abondent. Il est fréquent de décoller de son siège lorsque le bus les emprunte. À bord, l’expérience est totale : des effluves parfois nauséabondes s’invitent à l’intérieur, tandis que le concert assourdissant des klaxons ne connaît aucun répit.


Arrivé à Madurai, un déjeuner s’impose. Un repas à 120 roupies, servis à volonté dans une ambiance de cantine sur des feuilles de bananier, offre une immersion totale dans la cuisine locale. Du sambar et deux autres préparations aux saveurs épicées sont servies généreusement à la louche, le tout se dégustant à la main. En dessert, une portion de gouloum, un mélange sucré orangé à base de semoule.


Puis vient le temple de Meenakshi, véritable ville dans la ville. Avec ses 15 000 à 25 000 visiteurs quotidiens, le lieu est un défi. La foule, le bruit, l'agitation commerciale aux abords peuvent créer une forme de pollution sonore et mentale qui masque la sérénité du lieu.


C'est là que la démarche du visiteur prend tout son sens. Si l'on reste à la surface, on ne voit que le chaos. Il faut faire un effort d'attention pour percevoir la structure sous-jacente, l'harmonie cachée. On peut comparer le temple à un instrument de musique. S'il est noyé sous le bruit ambiant, sa note est étouffée, créant une dysharmonie. Mais si l'on tend l'oreille, si l'on s'accorde soi-même à la fréquence du silence intérieur, l'instrument se met à vibrer pleinement.


C'est une métaphore de notre propre état : le pèlerin distrait ne percevra que la cacophonie. En revanche, celui qui a "développé son oreille", qui vient avec une intention de calme et de respect, percevra la symphonie du lieu malgré le bruit. Il s'agit de se "rebrancher", de retrouver une disponibilité intérieure pour que le corps et l'esprit redeviennent des instruments de perception précis.




Lorsque l’on arrive à l’entrée principale du temple de Meenakshi, où un kodimaram — grand mât doré — orné d’un Ganesh s'élève vers le ciel, cette bascule de la perception opère. L'ambiance change. On passe du profane au sacré. Partout des piliers innombrables se dressent, sculptés de divinités, de symboles et de formes radiesthésiques. Les alcôves abritent des Shiva lingams, et les plafonds sont peints de nombreux mandalas. Chaque détail architectural est une invitation à la conscience, capable de provoquer un travail intérieur profond. et provoquer un arrêt du mental.


La déesse Meenakshi, aux "yeux (akshi) de poisson (mina)", est une émanation de Parvati, considérée comme la mère, la reine et la protectrice de Madurai. Née princesse de Madurai, elle possède un troisième sein, symbole de son origine divine. Selon la prophétie, il disparaîtrait à la rencontre de son véritable époux. Redoutable guerrière, elle entreprend la conquête du monde, mais lorsqu’elle fait face à Shiva, à Kailāsa, la prophétie s'accomplit. Depuis, leur union est célébrée chaque année lors du Meenakshi Tirukalyanam.


Après plus de trois heures de déambulation dans cet univers vibrant, le travail intérieur devient manifeste. On ressent une forme d'expansion, une légèreté physique, comme si la colonne vertébrale se redressait d'elle-même. Madurai, l'une des plus anciennes villes d'Inde, abrite un outil d'évolution spirituelle unique. Les Indiens ne s'y trompent pas, faisant la queue parfois sur plusieurs centaines de mètres pour accéder au sanctuaire, surtout lors du Puja du coucher de Shiva, appelé Ardhajama Pooja, lorsque la statue de Shiva-Sundareśvara est portée en procession jusqu'au sanctuaire de Meenakshi, célébrant l'union cosmique de Shiva et de sa Shakti.


La découverte de Madurai se poursuit avec le temple Arulmigu Koodal Azhagar, dédié à Vishnu. Plus intime que le colossal Meenakshi, ce sanctuaire offre une heure et demie d'intense « méditation debout ». Ce qui capte l'attention, c’est une représentation du zodiaque sous forme de carrés au plafond, comme le faisait jadis les Egyptiens...



L’après midi c’est au tour du temple de Murugan à la périphérie de la ville. Murugan — qui signifie le beau, le Beau », « le Jeune », « le Resplendissant »— fils de Shiva et Parvati,

dieu de la guerre et de la jeunesse, est souvent représenté avec une lance et un paon.



Une véritable « file indienne » formée par les pèlerins, commence dans la rue et serpente sur des centaines de mètres à travers le temple. L'attente devient une expérience en soi, rythmée par la ferveur des fidèles et l'observation à bonne distance d'un singe curieux (une morsure et c’est la visite à l’hôpital assurée).L'énergie du lieu est palpable, parsemée d'outils de travail spirituel pour qui sait les trouver.


Dans le darshan, les chants dédiés à Murugan créent une atmosphère vibrante. Près du Kodimaram, deux coqs paradent, clin d'œil à l'animal qui accompagne parfois Murugan. C'est dans cette attente que naît une réflexion philosophique : la pratique hindouiste est vivante, en mouvement, animée par le brouhaha et les chants, contrastant avec l'immobilité et le silence souvent requis dans le catholicisme. De plus, toutes deux vénèrent des trinités. Faut-il y voir là aussi une polarité et une référence à l’alchimie ?


A suivre...

AVERTISSEMENT: L'ensemble des prestations proposées ne constitue en aucun cas des soins médicaux et ne peut se substituer à un traitement médical prescrit par un professionnel de santé.

création © Le Chemin 2026

bottom of page