Chroniques d'un Voyage Alchimique IV
- JC Lebon
- 20 déc. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 déc. 2025
De Jambukeswarar à Auroville
L’eau et la demeure de Vishnu

Notre périple nous mène d'abord au temple de Jambukeswarar. C'est l'un des cinq temples majeurs dédiés à Shiva, associé ici à l'élément Eau. L'architecture elle-même semble conçue pour évoquer la fluidité et la profondeur. Moins spectaculaire peut-être que d'autres sites, il dégage une atmosphère d'intériorité propice au calme. C'est un lieu qui invite à laisser couler les pensées, à nettoyer le mental. L'expérience y fut marquante, non par des phénomènes extérieurs, mais par la qualité du silence intérieur qu'il a permis d'atteindre justifiait à lui seul ce voyage. Cette matinée de visite méditative s'est achevée par la rencontre fortuite avec un éléphant du temple, un moment de grâce simple qui ancre le souvenir dans la réalité indienne. à l'Eau.
L’étape suivante fut le Sri Ranganathaswamy Temple. Ranganatha est la représentation de Vishnu lorsqu’il est allongé sur Adishesha (le roi serpent).

Ici, nous changeons de registre pour entrer dans le domaine de Vishnu, représenté allongé sur le serpent cosmique Adishesha. Les dimensions sont vertigineuses : 630 000 m², soit l'équivalent d'une ville fortifiée, de 88 terrain de football, tout simplement le plus grand temple d’Inde mais aussi le plus grand temple actif sur Terre. Orné de 21 gopurams dont un culminant à 72m (le plus haut d’Asie), il est considéré comme le premier et le plus sacré des 108 Divya Desams, demeure de Vishnu sur terre
C'est le plus grand temple en activité au monde.
Hélas, l'exclusion des non-Indiens de pratiquement toutes les chambres, parfois sans signalisation claire, par des brahmanes rendit l’expérience déroutante. Il est de coutume de restreindre l’accès aux étrangers uniquement pour la chambre principale, pas pour la quasi totalité des ces espaces. Malgré ces désagréments, la simple entrée dans le temple déclenche un mouvement intérieur intense, offrant une riche séance de travail spirituel.
De retour à l'hôtel, la journée s'est conclue par un temps d'intégration nécessaire. Ces visites ne sont pas anodines ; elles remuent, elles fatiguent, elles obligent à lâcher prise sur nos attentes, accompagnées d’un déferlement de larmes, apportant de nouvelles expériences et un travail d'intégration qui clôt une journée riche en émotions et en transformations.
Confort ou spiritualité ?
L'Inde continue de dérouter, de bousculer les habitudes occidentales. A 8h, l’heure de pointe. Les bus bondés à l'extrême défient les lois de la physique. Chaque centimètre carré de l’habitacle semble occupé. Sous le poids, les amortisseurs sont comprimés et l’essieu du bus n’était plus qu’à quelques centimètres du sol. Pour un touriste en quête de confort et souhaitant se prélasser autour de la piscine de l’hôtel : préférez la Thaïlande.
Mais pour qui cherche une expérience spirituelle, l’Inde est sans égale. On aurait pu penser au Népal ou au Tibet, mais ici, la ferveur d’un milliard et demi d’âmes profondément pieuses donne aux temples et aux divinités une intensité introuvable ailleurs. L'Inde est à elle seule est une leçon de lâcher-prise. Inutile de tout planifier : l’imprévu vous attend, le confort est sommaire, et le piment s'invitent même en précisant « not spicy ». L'Inde ne se visite pas, elle se vit. Elle bouscule, elle dissout et coagule ce qui nous constitue.
Le Feu : Arunachalesvarar
L'arrivée à Tiruvannamalai est dominée par la montagne sacrée Arunachala et par les immenses gopurams du temple d’Arunachalesvarar, dédié à l'élément Feu. L'architecture est conçue pour gérer des foules immenses, avec un système complexe de barrières qui canalise les pèlerins vers le cœur du sanctuaire.
En pénétrant dans l'enceinte, l'émotion est palpable. Il y a dans ce lieu une densité particulière, peut-être due à la ferveur accumulée des millions de pèlerins qui nous ont précédés. Face à l'autel, on peut ressentir une forme de "chaleur" émotionnelle, une vague intense qui traverse le corps. Pour certains, cela se traduit par des manifestations physiques : tremblements, accélération du rythme cardiaque, besoin de s'asseoir. C'est souvent le moment où les barrières émotionnelles cèdent, laissant place à des larmes libératrices.

Les immenses gopurams dressent leur silhouette majestueuse, annonçant la grandeur du lieu. À l'intérieur du temple d’Arunachalesvarar, dédié à Shiva et au feu, un labyrinthe de couloirs et de barrières, conçu pour canaliser les foules des grands festivals, mène au cœur du sanctuaire.
En entrant dans la chambre principale, face à la statue de Shiva, l’émotion monte et s’installe le sentiment d’être chanceux d’avoir pu venir jusqu’ici, pour vivre cet instant de grâce qui traverse l'être et oblige à s’asseoir. Une vague d'électricité et de chaleur parcourt le corps, culminant à la tête, aux mains, puis aux pieds. La chair vibre de l’intérieur, la respiration s'accélère, les sanglots jaillissent comme ceux d'un enfant. Un déferlement d'émotions sans filtre, brut.

Cette expérience d’une extrême intensité, puissante et rare, ne dure que quelques minutes, mais elle opère une transformation profonde.
Ce n'est pas de la magie, c'est de la catharsis. Le lieu, par sa puissance symbolique et son atmosphère, permet de contacter des zones de fragilité ou de tristesse que l'on porte en soi, parfois depuis longtemps. C'est un moment de vérité intime. On en ressort un peu chancelant, mais allégé, avec le sentiment d'avoir déposé un fardeau. C'est une expérience qui dépasse la simple croyance pour toucher au vécu direct : il y a des lieux qui aident à se libérer de la souffrance.
La Terre: Kanchipuram
Le voyage se poursuit vers Kanchipuram, la « Ville aux 1000 temples » et « Cité de la Soie », l'une des sept villes sacrées de l'Inde où l'on dit que la libération spirituelle (moksha) peut être atteinte. Entrer dans la ville met déjà en travail.
Après avoir exploré avec plus ou moins de succès trois temples de la ville c’est au tour du Ekambareswarar (Eka « un, unique » et Amba « manguier » Ishwara « le seigneur » ou « le maître ») de Shiva, dédié à l'élément terre. Il est célèbre pour son manguier qui est là depuis plus de 3500 ans et sous lequel Shiva se serait uni à Parvati. C’est le premier temple qui rayonne bien au-delà de ses murs. Bien qu'en pleine rénovation et méconnaissable, le lieu conserve une force impressionnante.

Malgré la chaleur écrasante, la visite du « hall aux 1001 piliers » est un moment fort. Les travaux de rénovation nous offrent une opportunité rare : le shivalingam principal a été déplacé à l'extérieur de sa chambre habituelle, le rendant accessible de près, même aux étrangers. Cette proximité inespérée permet un moment de recueillement intense. Quelques minutes de pause suffisent pour amorcer un apaisement intérieur qui perdurera toute la soirée. On se sent plus "lourd" dans le bon sens du terme : plus ancré, plus solide, comme l'élément Terre le suggère.
Saint Thomas
A Chennai nos pas nous mènent à Little Mount, sur les traces de l'apôtre Thomas. L'entrée du lieu est gardée par des statues des douze apôtres, dont les attributs distinctifs, semblant différer des représentations occidentales. C'est sur cette modeste colline que l'apôtre Thomas est mort en martyre vers 72 après J.-C., transpercé par une lance. Un petit oratoire a été érigé autour de la formation rocheuse où il a rendu l'âme, avec un autel naturel surmonté d'une croix.

L'énergie du lieu « coupe les jambes » de certains et provoque des sensations singulières dans la poitrine et la tête pour d’autres. Il n’en fallait pas plus pour s’asseoir et entrer en méditation, malgré la présence des moustiques.
Un peu plus loin, une chapelle abrite un fragment de la Croix sur laquelle le Christ fut crucifié, ajoutant une dimension supplémentaire à ce lieu imprégné d'histoire et de spiritualité chrétienne.
Dernier acte
L'aventure touche à sa fin avec une ultime visite au Matrimandir d'Auroville. L'atmosphère y est, comme toujours, d'une grande sobriété. À l'intérieur de la chambre centrale, le calme s'impose de lui-même. C'est un outil formidable pour l'apaisement mental.
L'exploration des « pétales » (les salles de méditation périphériques) offre une conclusion idéale. De salle en salle, de couleur en couleur, on sent le corps se "reposer" en profondeur. La fatigue du voyage, les bruits, la poussière, tout semble s'effacer pour laisser place à une sensation de densité et de vigueur retrouvée. C'est une régénération nécessaire avant le retour.
L'après-midi est consacrée à un dernier passage sur la tombe des fondateurs, pour clore la boucle. Le lendemain, l'avion décolle. Nous ne rentrons pas seulement avec des photos, mais avec un état d'esprit différent, nourri et densifié par cette immersion.
La Verticalité du Réel
Parcourir l'Inde des temples avec Raphaël, ce n'est pas du tourisme, c'est une étude du Réel. Là où le regard ordinaire ne voit que de la pierre, son expérience de la géobiologie lui permet de lire la structure des lieux, de comprendre comment ils ont été conçus pour influencer le visiteur.
Il ne se positionne pas comme un maître à penser, mais comme un technicien de l'espace et de l'attention. C’est un homme qui a travaillé sa propre stabilité avec rigueur. Il ne s'agit pas de croyance, mais d'une approche concrète : savoir repérer les endroits où l'on peut se poser, où l'atmosphère est fluide, et éviter ceux qui sont chargés ou chaotiques.
Souvent, on le voit s'immobiliser dans un coin calme, indifférent à l'agitation. Il ne cherche pas à provoquer des phénomènes, il se centre. Cette capacité à "tenir" le silence au milieu du bruit est sa principale transmission. Raphaël agit comme un point de repère stable : sa propre tranquillité est communicative. En sa présence, il devient plus facile de faire abstraction du brouhaha ambiant pour trouver son propre calme.
Il agit comme un facilitateur. Il ne fait pas le chemin à votre place, mais sa présence crée un cadre sécurisant qui permet à chacun de vivre son expérience sans se perdre. C'est une approche de la découverte culturelle et intérieure ancrée dans la réalité, les deux pieds sur terre.

Épilogue : Le chemin continue
Ce voyage en Inde ne marque pas une parenthèse enchantée, mais un point de bascule. Il a servi de révélateur. Au contact de cette terre intense et sous la rigueur d'un accompagnement qui ne laisse aucune place à la fuite, une évidence s'est imposée : la spiritualité n'est pas une évasion, c'est une discipline de présence.
Si les temples ont agi comme des catalyseurs, c’est parce que nous étions prêts à l'expérience. Ce n'est pas la "magie" de l'Inde qui a opéré seule, mais la rencontre entre une disponibilité intérieure et un cadre porteur. Raphaël, par sa pratique de longue date, a démontré que la stabilité ne s'improvise pas. Elle se construit, jour après jour.
Le retour à la vie quotidienne n'est donc pas une chute, mais le véritable terrain d'exercice. Les émotions fortes du voyage sont passagères. Ce qui compte vraiment, c'est cette capacité nouvelle à rester stable quand tout bouge autour de soi.
L’aventure extérieure s’arrête ici, mais le travail de fond, celui qui consiste à garder ce calme dans chaque geste du quotidien, ne fait que commencer. C'est l'apprentissage d'une façon d'être : plus conscient, plus posé, et totalement ancré dans le réel.
L'aventure ne s'arrête pas, vous pouvez nous rejoindre dès demain, et peut être participer au prochain voyage en Inde que nous sommes en train de préparer.
Au plaisir de vous rencontrer!
JC et Raphaël
FIN




